Tous nos articles sur la résistance dans l’Ouest Aveyron : www.aveyron-resistance.fr par Guy Calmels
En Europe, les allemands occupent la majeure partie des pays envahis ou vaincus les uns après les autres. Ils sont aux portes de Moscou et de Stalingrad et occupent l’Ukraine. De juin à novembre 1941 prés de trois millions et demi de soldats russes ont été fait prisonniers. Certes Stalingrad continue de résister mais rien ne semble devoir les arrêter.
Ce front de l’Est nécessite un énorme quantité d’hommes pour combattre et quadriller les territoires occupés. Hitler est obligé de mobiliser de classes de plus en plus âgées et donc de les prélever dans les usines
La France de Vichy présente aux yeux de l’ennemi deux intérêts majeurs, sa neutralité bienveillante dans le conflit et sa richesse. C’est le plus grand pays industriel occupé avec une production considérable et une main d’oeuvre hautement qualifiée. Mais plus encore que la production, c’est la main d’oeuvre qui attire le Reich, privé de millions d’hommes qui combattent en Russie. Depuis 1940, et durant toute la guerre, des volontaires choisissent de partir travailler en Allemagne, que ce soit par idéologie ou, plus souvent, pour les salaires voire la libération de proches prisonniers.
La France de Vichy organise tout d’abord la « relève » (envoi de travailleurs en Allemagne pour « relever » des prisonniers), puis promulgue diverses lois de réquisition avant d’instaurer le S.T.O. (service du travail obligatoire) le 16 février 1943. Avec 600 000 travailleurs dans le cadre du S.T.O. et 200 000 volontaires, la France devient alors l’un des principaux pays contributeurs à l’effort de guerre nazi. Diverses campagnes d’information tentent alors de promouvoir le travail en Allemagne, entretenant délibérément la confusion entre le S.T.O. (impératif) et le volontariat..
En Alsace et en Lorraine, territoires annexés, les nazis institue le Service de travail obligatoire d’un an à effectuer en Allemagne .
Les prisonniers de guerre sont mis au travail; mais effectuent pour l’essentiel des travaux de terrassement pour les uns et les autres sont employés dans les fermes. Les allemands vont donc rechercher des compétences techniques et aller piocher dans la main d’oeuvre des pays occupés. Dans un premier temps, les ouvriers ou spécialistes à qui on fait miroiter un salaire important et nombre d’avantages, sont incités à venir travailler en Allemagne.Les nazis ouvrent des bureaux de recrutement en zone occupée et libre. Mis c’est un échec relatif, d’octobre 1940 à juin 1942, 80000 hommes se sont portés volontaire ce qui est notoirement insuffisant pour remplacer les allemands partis au front.
Le 21 mars 1942, Hitler nomme Fritz Sauckel, nazi forcené, plénipotentiaire général pour la mobilisation de la main-d’œuvre chargé du recrutement forcé de main-d’œuvre dans l’ensemble des pays d’Europe.Il exige parallèlement le retour de Laval à la tête du gouvernement en remplacement de Darlan qui va, avec l’accord de Pétain va s’efforcer de fournir à l’Allemagne la main-d’oeuvre dont elle a besoin.
Dans une allocution du 18 juin 1942, Laval déclare « Ouvriers de France, c’est pour la libération des prisonniers que vous allez travailler en Allemagne ». Le taux de trois ouvriers pour un retour de prisonnier va être l’objet d’un énorme battage à travers les journaux, la radio, les affiches et soulever un immense espoir sans le milieu rural. Le commissaire des renseignements généraux de Rodez souligne que »Les paysans qui ont des membres de leur famille prisonniers souhaitent leur retour et deésirent que les ouvriers fassent preuve de compréhension à ce sujet en acceptant d’aller travailler en Allemagne » .
Devant le peu d’empressement des ouvriers à aller soutenir l’effort de guerre allemand, les paysans osent accuser ceux-ci d’égoïsme, mais quoi qu’il en soit la relève est un échec, 17000 volontaires sur les 200000 réclamés par Fritz Sauckel,
Suite à la loi signée par Pétain et Laval du 4 septembre 1942, dés octobre les réquisitions d’office vont s’appliquer en zone occupée et « libre ». Les services français de la main d’oeuvre, assistés d’une commission départementale, choisir les travailleurs à envoyer dans les usines allemandes ou sur les chantiers de l’organisation TODT qui construit les fortifications sur les côtes françaises.
Entre le 1er juin et le 31 décembre 1942, 240000 travailleurs dont 140000 spécialistes sont partis en Allemagne de gré ou de force, mais pour les autorités allemande, c’est insuffisant et réclame 250000 hommes et 150000 spécialistes.
Le gouvernement de Pétain promulgue la loi du 16 fêrier 1943 instituant le STO qui concerne alors tous les jeune de plus e 20 ans dont les paysans. En 8 mois 440000 hommes sont prélevés pour aller travailler, pour l’essentiel, en Allemagne.
mais c’est encore insuffisant, et Laval, pour satisfaire aux exigence allemande, fait publer la loi du 1er février 1944 dans laquelle sont concernés tous les hommes de 16 à 60 ans et les femmes de 18 à 45 ans sans enfant à charge.
Mais la situation a changé, les allemands sont mal-en-point, le gouvernement de Vichy n’a plus les moyens d’imposer sa loi, et la résistance très active recueille les réfractaires et les requis envoyés en Allemagne ne dépasseront pas alors quelque dizaines de milliers jusqu;à juillet 1944.
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En Aveyron
L’appel lancé à la radio par Pierre Laval le 22 juin 1942 pour la relève des prisonniers de guerre par des travailleurs est largement et sans réserve repris par la presse du département.
La relève


En écho du discours ci dessus du docteur Rudolph Schmidt, Pierre Fau, rédacteur en chef de l’Union catholique écrit : »La relève, une bonne action pour un ultime effort en vue d’une place digne de la France dans l’Europe préparée par le Fuhrer »
Associée à la propagande des journaux aveyronnais, le préfet Marion lance une campagne d’affichages. Des pancartes sont apposées dans tout les lieux publics : »On embauche des ouvriers pour l’Allemagne. Renseignements gratuits sans engagement. Bon salaire. Travail intéressant. Occasion d’apprendre l’Allemand. Ouvriers français, contribuez à libérer vos compatriotes prisonniers de guerre; S’adresser à l’Office du Travail ». Des conférences sont organisées à Decazeville et à Millau seuls centres ouvriers dans l’Aveyron.
La Dépêche, quant à elle diffuse tous les communiqués officiels du gouvernement et, entre autres, publie le témoignage d’un prisonnier libéré qui décrit la captivité comme des quasi-vacances ( 1er mai 1943)
La Dépêche 1er mai 1943

Le préfet Marion donne des instructions pour que des locaux soient mis à disposition du docteur Nauck délégué de l’office régional allemand et l’ouverture de bureaux à Decazeville et à Millau.
« le passage de la commission Todt dans le département a soulevé quelques polémiques défavorables à la Collaboration. 36 engagements ont été enregistrés : (RG Rodez au Préfet 24-09-1942 ADA 201 W 72).
Le premier volontaire pour la Relève part le 13 juillet; Au 31 août, on totalisera, piètre résultat, 50 volontaires.(Maçons, serruriers, mineurs ou manoeuvres.) Effectivement, on notera la libération de quelques prisonniers, mais c’est pour servir la propagande du gouvernement de Vichy, les départ volontaires étant nettement supérieurs aux prisonniers libérés. Les retours de prisonniers sont homéopathiques et sujet à caution. On constate que beaucoup viennent….de Suisse où étaient internés quelques régiments qui, en 40, avaient échappés aux allemands, ou ne concerne que des prisonniers malades. Il s’agit donc d’un marché de dupe.
» Il ne semble pas que l’opinion publique ait fait de sensibles progrès dans la compréhension de la Relève « . (RG 24-10-1942 ADA 201 W 72 )
Compte tenu des faibles résultats obtenus pour la relève, la préfectures amplifie la propagande et multiplie les conférences accompagnée des journaux locaux qui mettent en bonne place la vie « agréable » des ouvriers en Allemagne.
Dans son rapport du 12 juillet 1943, le commissaire principal des renseignements généraux fait état de 245 volontaires partis entre le début de l’opération et le 25 mai 1943. En y ajoutant les départs de septembre à décembre 1943, c’est 350 personnes, hommes ou femmes qui sont partis volontairement de l’Aveyron pour l’Allemagne.
La grande majorité de ces volontaires étaient étrangers (polonais ,italien, Espagnols, belges etc…qui faisaient partie des travailleurs émigrés en Aveyron) : Sur ces 350 départs seuls quelques 100 à 150 étaient français
Le STO
Le relève est un échec et Vichy doit promulguer diverses lois de réquisition avant d’instaurer le S.T.O. (service du travail obligatoire) le 16 février 1943. Les usines sont visitées et les ouvriers requis d’office. L’Aveyron doit livrer 500 travailleurs. En juillet 1943, 431 sont partis et sur quarante cinq réfractaires, seuls huit n’avaient pas été découverts. Là aussi la police française et la gendarmerie faisaient bien le (sale) travail.
Le STO avec la bénédiction de l’évêque Challiol

En Aveyron comme partout, le prélèvement forcé ne se fait pas toujours facilement.

En oppositions aux directives officielles et les justifications au départ apportées par l’évêque Challiol, les réfractaires vont se multiplier : En juillet 1943, 90 % des jeunes désignés pour le STO à Rodez et Millau partent et en novembre à Millau, seuls 2 départs sur 9 convocations. Dès le mois de janvier 1944, le département est invité à fournir 500 nouveaux travailleurs aux chantiers de l’organisation Todt à Bédarieux et à Montpellier. Ce contingent doit être prélevé sur les jeunes agriculteurs des classes 1941 ,1940 et 1939 précédemment dispensées. Au printemps 1944, les fuyards du STO, auxquels il faut ajouter les déserteurs des Chantiers de jeunesse, se comptent par centaines dans le département, malgré une répression féroce . Ils cherchent refuge dans les campagnes et dans les bois où se regroupent des jeunes venus de l’Hérault, de la Haute-Garonne ou du Tarn.
Ce sont malgré tout prés de 3000 travailleurs Aveyronnais qui ont été au service de l’Allemagne hitlérienne. (300 volontaires et 2700 enrôlés de force)
Une petite minorité des réfractaires a rejoint la résistance mais le STO a détruit pour beaucoup la popularité de Vichy.