Lire tous nos articles sur la résistance dans l’Ouest Aveyron : www.aveyron-resistance.fr par Guy Calmels

Xénophobe, anti-communiste, antisémite, ce régime qui, à partir de juillet, s’est installé dans le Sud de la France n’est pas républicain mais son exact contraire. En Aveyron, plus qu’ailleurs, on trouve dans un emballage Louis Phillipard une mixture savante acceptée de cléricalisme à haute dose, de contrainte policière et de négation du suffrage universel. Les aveyronnais, pour une grande part, louent une véritable admiration pour le vieillard qui leur vend comme devise « Travail, famille, patrie », continuité de leur héritage idéologique. L’aveuglement derrière Pétain s’explique largement par le poids des antériorités idéologiques : anti-parlementarisme, ordre moral, discours passéistes, ultra_cléricalisme, anti-laicité , hostilité à la modernité, valeurs rurales exaltées et constamment opposées aux valeurs urbaines et, enfin, xénophobie souvent virulente.
On a vu qu’à l’exception de Ramadier qui a voté contre et Bastide qui s’est abstenu , la totalité des parlementaires du département ont voté les pleins pouvoirs à Pétain . Les rouages du régime vichyste vont donc être mis en place rapidement et sans difficulté . Vichy n’a eu qu’à récupérer le courant idéologique préexistant .
Dans le même temps le colonel Marion est nommé préfet le 25 septembre 1940 en remplacement de Destarac. A la poubelle les mandats électifs, quarante-huit maires aveyronnais sont destitués, les maires de plus de 2000 habitants sont désormais nommés par le préfet. Plusieurs conseils municipaux sont dissous; dans l’Ouest Aveyron Ramadier à Decazeville et Grès à Capdenac sont destitués de leur mandat. Le sous prefet de Villefranche de Rouergue installe un nouveau conseil municipal et un nouveau maire, le notaire Tourtonde; les nouveaux conseillers sont essentiellement des commerçants et entrepreneurs de la droite catholique. Le nouveau maire prononce une allocution maréchaliste où il est question « du désir de faire de Decazeville une municipalité honnête, convenable, qui tâchera dans sa petite sphère de travailler pour le relèvement de notre petite patrie » Une lettre destinée à la population annonce « la fin des errements du passé » et l’heure de la discipline et du relèvement. (Par contre Bonnefous est maintenu maire de Rodez et sera un important relais de Vichy pendant toute l’occupation, destitué à la libération, il poursuivra néanmoins sa carrière politique)


Fin des syndicats et interdiction des grèves, place à la charte du travail. Sans perdre de temps, Marion active la répression : Il demande à l’encadrement des servies techniques de signaler les fonctionnaires récalcitrants au régime. Des postiers, des cheminots, des instituteurs sont révoqués et placés en résidence surveillée. L’école normale d’instituteurs « foyers de subversion » est supprimée. L’enseignement privé a désormais accès à des subventions d’état. Dans le bassin des auteurs d’injures vis à vis de Pétain sont inquiétés.
Paradoxalement, bien que la société aveyronnaise soit germanophobe après la boucherie de 14/18, il n’est pas rare que la politique de collaboration y soit approuvée et par contre l’adhésion à Pétain sera très majoritairement la règle pendant toute l’occupation. Les premiers signes de désaffections, tardifs, ne concerneront qu’une petite frange de la population et seront d’une amplitude bien plus faible que dans la plupart des autres régions. Alors que sur le front oriental, l’Armée rouge ne cesse de progresser vers l’Ouest,et qu’en Italie la bataille est aux portes de Rome, les Alliés sont maîtres de toute l’Afrique du Nord et après le débarquement sur la cote Atlantique, l’Union Catholique titrera les 12-16 juin « les troupes anglo-saxonnes, anéanties dans tous les secteurs, subissaient de lourdes pertes consécutives à des contre-attaques allemandes disposant encore de toutes les réserves stratégiques« .Le clergé ,les notables et la presse continueront jusqu’au bout d’appeler à l’union, à la discipline et à l’attachement envers le maréchal et son gouvernement. Leur propagande forcenée fera qu’une part importante des paysans ne verront dans le débarquement que le retour de la guerre sur le sol aveyronnais « le salut de la France ne passe pas par la victoire des alliés, antichambre de la victoire du bolchevisme, mais par la fidélité et le soutien inconditionnel à Vichy« (rapport de RG ,AD Aveyron.201 W75)
